Réussir l'ouverture d'une crêperie

Pourquoi les entrepreneurs réussissent là où les investisseurs échouent ?

Au cours de mes années d'expérience en tant que formateur en crêperie, j'ai identifié deux catégories distinctes de porteurs de projet, aux profils diamétralement opposés : les investisseurs et les entrepreneurs. Je vais vous expliquer pourquoi, souvent, les investisseurs échouent là où les entrepreneurs parviennent à réussir.

1. Entrepreneurs et investisseurs : des profils opposés

Age

Commençons par comparer ces deux types de porteurs de projet. Les investisseurs, généralement jeunes, appartiennent à la génération Z et ont moins de 30 ans, tandis que les entrepreneurs, plus âgés, font partie des générations X ou Y et ont souvent plus de 40 ans. Les premiers travaillent fréquemment entre associés, tandis que les seconds ont tendance à gérer leurs affaires en famille, avec leur conjoint ou conjointe.

Expérience

Concernant l'expérience, les investisseurs ont souvent eu plusieurs affaires par le passé et peuvent gérer d'autres entreprises en parallèle à leur projet de crêperie. Les entrepreneurs, eux, sont généralement d'anciens salariés en reconversion, choisissant la crêperie comme ultime projet professionnel avant de prendre leur retraite.

Qualités

Quant aux qualités, les investisseurs se distinguent par un sens des affaires aiguisé, une rapidité d'exécution et une capacité à prendre des risques, tout en s'entourant efficacement de professionnels comme des banquiers, des notaires ou des professionnels du bâtiment. Ils sont également disponibles à toute heure, ce qui est remarquable.

Les entrepreneurs, en revanche, sont des passionnés en quête de sens. Ils privilégient le bio et les circuits courts, font preuve d'une grande persévérance et mettent l'accent sur l'aspect humain de leur entreprise.

Objectifs à court terme

L'objectif immédiat de l'investisseur est principalement financier : maximiser rapidement ses gains. Ces individus sont des commerçants dans l'âme. Par contraste, les entrepreneurs aspirent à s'établir durablement dans le secteur de la restauration, se voyant non seulement comme des restaurateurs mais véritablement comme des artisans de ce métier.

Objectifs à long terme

Sur le long terme, l'investisseur cherche généralement à se construire un avenir où il pourra prendre sa retraite prématurément, autour de 35 à 40 ans, vivant au soleil à l'étranger et surveillant ses affaires à distance dans l'attente de revendre rapidement son entreprise pour en tirer profit. C'est une démarche essentiellement axée sur l'investissement financier.

À l'inverse, l'entrepreneur vise à valoriser et développer son fonds de commerce sur une période plus longue, avec un horizon de retraite autour de 60 à 65 ans. Son objectif est de faire croître son entreprise pour éventuellement la revendre, mais toujours dans une perspective de développement durable et personnel.

Pourquoi la crêpe ?

L'investisseur est souvent attiré par la crêperie après avoir vu dans une émission comme Capital (sur M6) des ratios financiers très attractifs (la fameuse crêpe revenant à 35 centimes et revendue 5 euros). Ces marges impressionnantes le font rêver et motivent son choix pour ce secteur ; autrement, il aurait tout aussi bien pu opter pour ouvrir une laverie ou un garage Speedy. Pour lui, l'attrait réside dans le potentiel de gain rapide, ce qui le pousse à s'engager pleinement dans cette voie.

À l'opposé, l'entrepreneur aborde la crêperie comme un projet de vie, souvent envisagé comme son ultime aventure professionnelle. Il cherche avant tout à tirer satisfaction personnelle de son activité et à couvrir ses coûts, mais son principal moteur est la valorisation à long terme de son fonds de commerce, plutôt que des profits immédiats.

Quelles crêpes ?

L'investisseur est souvent inspiré par les tendances qu'il découvre sur Instagram, comme les crêpes en cornet, qui lui semblent novatrices, modernes, et capables révolutionner l'offre. Il est également séduit par le concept de snacking et la vente à emporter du type "Petit Grec" à Paris, connu pour ses longues files d'attente et ses crêpes généreuses. Toutefois, son concept est en réalité peu original, se rapprochant souvent de la copie.

À l'inverse, l'entrepreneur privilégie une approche plus personnelle et authentique. Il se concentre sur les crêpes et galettes traditionnelles de son enfance, mettant en valeur le sarrasin et cherchant à créer une ambiance particulière. Son objectif est de développer une crêperie dotée d'une forte personnalité, souvent conçue pour accueillir entre 40 et 50 clients assis.

Qui tourne ?

L'investisseur met toujours en place une équipe de crêpiers, contrairement à l'investisseur qui préfère être au cœur de l'opération, gérant lui-même les crêpes et formant son équipe, au lieu de déléguer ces tâches.

2. Bilan au bout d'un an

Après une année d'exploitation, le bilan est clair : les entrepreneurs restent fidèles à leur vision initiale, maîtrisant les rênes de leur projet sans dévier de leur plan. En revanche, les investisseurs, eux, semblent souvent échouer à tenir leurs objectifs originaux. Pour moi, ne pas suivre le plan établi équivaut à un échec, qui peut se manifester de plusieurs manières.

Fréquemment, face aux difficultés quotidiennes et aux défis de gestion, l'investisseur opte pour la mise en gérance, confiant les opérations à un gérant. Dans d'autres cas, il peut décider de vendre son entreprise ou de changer radicalement son concept. Ainsi, il se tourne vers l'ajout de produits tels que burgers, frites, paninis, ou pizzas surgelées, s'éloignant significativement de l'idée originale d'une crêperie pour se transformer en un lieu de snacking plus généraliste où la crêpe n'est qu'un élément parmi d'autres. De plus, il est courant de voir ces investisseurs remplacer le sarrasin par des crêpes de froment salées.

3. Pourquoi l'échec des investisseurs ?

Pour comprendre pourquoi l'investisseur a dû dévier de ses plans initiaux et a échoué, il est essentiel de considérer trois raisons principales.

Difficulté à recruter

La première raison est la difficulté de recrutement. Faire des crêpes n'est pas aussi simple que de préparer des hot dogs ou des poke bowls, qui sont des tâches plus basiques d'assemblage. La crêpe nécessite un savoir-faire spécifique, notamment dans la gestion de la fermentation du sarrasin et le tour de main du crêpier, des compétences qui ne s'acquièrent pas instantanément et demandent une formation spécifique.

De plus, il est difficile de trouver des crêpiers qualifiés sur le marché, et les salaires généralement bas proposés par les investisseurs conduisent à un taux de turnover élevé. Ce phénomène empêche la garantie d'une qualité constante tant dans la cuisson que dans le dressage. Les crêperies dirigées par des investisseurs finissent souvent par ressembler à des centres de formation où les employés, ne restant pas longtemps, doivent être continuellement formés.

L'investisseur, souvent absent, se retrouve confronté à des problèmes opérationnels lors de ses visites sporadiques. À l'opposé, l'entrepreneur, plus impliqué, gère lui-même la préparation des crêpes et forme son personnel au quotidien, créant une ambiance de travail plus stable et moins sujette au changement de personnel. L'investisseur délègue ("fait faire") tandis que l'entrepreneur collabore directement avec son équipe ("fait avec"), ce qui marque une différence fondamentale dans leur approche et explique les difficultés rencontrées par l'investisseur.

La livraison ne décolle pas

La deuxième raison derrière l'échec des investisseurs dans le secteur des crêperies concerne principalement les défis liés à la livraison. Bien que la crêpe présente de nombreux avantages, comme son universalité, sa capacité à s'adapter à divers régimes alimentaires (sans gluten, sans lactose, halal), elle souffre d'un inconvénient majeur : elle voyage mal. En effet, une fois refroidie, la crêpe perd son moelleux.

L'investisseur, souvent, ne le réalise pas avant le lancement et les prévisions de chiffre d'affaires reposant sur des plateformes telles qu'Uber Eats ou Deliveroo s'avèrent donc irréalistes. En effet, si l'on consulte le top 100 des produits les plus livrés par Deliveroo en 2022 et 2023, les crêpes et les galettes n'y figurent pas. Cela devrait interroger, non ?

Ambitions déçues

La troisième raison pour laquelle les investisseurs rencontrent des échecs dans leurs projets de crêperie tient à leurs ambitions déçues, et ici, un brin de psychologie s'impose. Les investisseurs, souvent trop ambitieux, recherchent une reconnaissance personnelle : ils aiment l'idée d'innover, de "revisiter" la crêpe, d'apporter quelque chose de nouveau au marché.

Cependant, leur enthousiasme initial peut les conduire à finalement négliger l'importance de bien comprendre la tradition et l'histoire de la crêpe, qui s'étend sur 800 ans. Avant de chercher à "revisiter", il serait plus judicieux de commencer par "visiter" et comprendre le produit. Souvent, au lieu d'innover, ils finissent par copier des concepts existants, espérant reproduire le succès d'autres établissements sans injecter de véritable passion ou compréhension du métier.

L'ambition de l'investisseur est généralement de lancer rapidement d'autres crêperies dans l'espoir de démarrer rapidement une franchise. Cependant, lorsque les résultats ne se concrétisent pas aussi vite qu'espéré, la déception s'installe et l'investisseur est prompt à changer de cap. Cette capacité à pivoter rapidement est certes une qualité, mais l'aveu implicite d'un objectif non atteint.

Conclusion

Je tenais donc à vous offrir un aperçu des deux catégories principales d'investisseurs dans le secteur de la crêperie. Bien que j'aie quelque peu caricaturé les profils pour clarifier mon propos, ces descriptions représentent fidèlement les deux grandes typologies de porteurs de projet que l'on peut rencontrer en formation.

Ainsi, déterminez si vous correspondez davantage au profil de l'entrepreneur ou à celui de l'investisseur. Chaque approche a ses mérites, mais connaître la vôtre vous aidera à anticiper les obstacles et à développer un projet durable et satisfaisant. Voici les conseils que je souhaitais partager pour vous aider à faire un choix éclairé et enrichissant dans le domaine de la crêperie !!
Crêperie entrepreneurs et investisseurs

0 comments on “Pourquoi les entrepreneurs réussissent là où les investisseurs échouent ?Add yours →

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *